OGM : le doute est semé
L'expérience des agriculteurs nord-américains

[Traduction du sommaire du rapport de la Soil Association, intitulé Seeds of Doubt — North American Farmers' Experiences of GM Crops disponible à : www.soilassociation.org/gm ; ou par téléphone +44 (0)117 929 0661 ; courriel : mtrowell@soilassociation.org ; prix : £12]

Résumé général

Le gouvernement du Royaume-Uni et les agriculteurs britanniques vont bientôt prendre une décision cruciale ayant des implications sur le long terme : autoriser ou non les cultures transgéniques commerciales au Royaume-Uni. L'industrie des biotechnologies présente les cultures transgéniques d'Amérique du Nord comme un succès incontestable après six années de cultures commerciales. Le présent rapport avait pour but d'évaluer si cette image correspond à la réalité et, dans le cas contraire, quels problèmes sont apparus. Nous présentons des entretiens avec des agriculteurs nord-américains à propos de leur expérience du soja, du maïs et du colza transgéniques, et passons en revue quelques études indépendantes.

Les éléments que nous avons rassemblés démontrent que les cultures alimentaires transgéniques sont loin d'être une réussite. A l'opposé de l'image que veut en donner l'industrie des biotechnologies, il apparaît de façon évidente qu'elles n'ont pas apporté la plupart des bienfaits promis et ont été un énorme échec d'un point de vue pratique aussi bien qu'économique. Les contaminations génétiques à grande échelle ont gravement perturbé la production non-transgénique, y compris biologique, causé du tort au commerce et, plus généralement, détérioré la compétitivité de l'agriculture nord-américaine. Les cultures transgéniques ont également poussé les agriculteurs à utiliser plus d'herbicides et sont à l'origine de nombreux problèmes juridiques.

Six ans après les premières cultures transgéniques commerciales, l'utilisation d'OGM dans l'agriculture mondiale reste encore limitée. Quatre pays à eux seuls, dont les Etats-Unis et le Canada, représentent 99% des cultures transgéniques du monde, quatre plantes couvrant à elles seules 99% des surfaces dédiées aux cultures transgéniques dans le monde. Au Royaume-Uni, il est encore possible de choisir de ne pas introduire d'OGM.

Nos recherches indiquent que les cultures transgéniques empêcheraient le gouvernement d'atteindre son objectif d'une agriculture plus compétitive et capable de satisfaire les besoins des consommateurs. Elles empêcheraient également le gouvernement de tenir son engagement public à garantir que l'extension de l'agriculture biologique ne soit pas compromise par l'introduction de cultures transgéniques. La Soil Association pense que le présent rapport va contribuer à rendre plus réaliste et rationnel le débat sur les impacts possibles des cultures transgéniques sur l'agriculture britannique et aider à prendre une décision en connaissance de cause quant à la commercialisation des OGM.

Impacts agricoles
Les chapitres 3 à 6, ainsi que 8 et 9 se penchent sur les impacts directs des cultures transgéniques sur les agriculteurs nord-américains. La plupart des bienfaits promis ne se sont jamais concrétisés et de nombreux problèmes imprévus se sont posés :

  • La rentabilité des cultures de soja transgénique tolérant à un herbicide et de maïs Bt résistant à un insecte est inférieure à celle des cultures non-transgéniques, à cause du coût supérieur des semences transgéniques et parce que le prix de vente des cultures transgéniques est plus bas sur le marché.
  • Dans l'ensemble, le rendement supérieur promis ne s'est pas concrétisé, en dehors d'un petit accroissement dans le cas du maïs Bt. La principale variété transgénique (le soja Roundup Ready) a un rendement inférieur de 6 à 11% à celui des variétés non-transgéniques.
  • Les plantes transgéniques tolérantes à un herbicide ont rendu les agriculteurs plus dépendants des herbicides et ont provoqué l'apparition de nouveaux problèmes de mauvaises herbes. Les agriculteurs doivent faire plusieurs applications d'herbicide, alors qu'on leur avait promis qu'une seule application suffirait. Les repousses spontanées de colza transgénique sont devenues un problème d'envergure au Canada.
  • Suite à l'introduction des cultures transgéniques, la capacité des agriculteurs de mettre en œuvre les cultures et les pratiques agricoles de leur choix s'est considérablement réduite. Certains se retrouvent condamnés à poursuivre la culture de plantes transgéniques.

Contaminations
Dans le chapitre 7 nous nous penchons sur les contaminations génétiques, qui constituent le problème le plus important. Des contaminations génétiques de grande envergure se sont rapidement produites et ont fortement perturbé l'industrie agricole à tous les niveaux : production de semences, cultures, transformation alimentaire, commerce de grain. Cela a nui à la viabilité de l'ensemble de l'industrie agricole nord-américaine :

  • Quelques années après l'introduction des cultures transgéniques, la quasi totalité des 300 millions de dollars d'exportations annuelles de maïs américain vers l'UE et les 300 millions de dollars d'exportations annuelles de colza du Canada vers l'UE ont disparu, et la part des Etats-Unis sur le marché mondial du soja a diminué.
  • Les subventions agricoles américaines devaient en principe diminuer ces dernières années. A la place elles ont fortement augmenté, au rythme de l'accroissement des surfaces consacrées aux cultures transgéniques. On estime que la diminution des ventes à l'exportation à cause des cultures transgéniques a provoqué une chute des prix agricoles et nécessité une augmentation des subventions gouvernementales de 3 à 5 milliards de dollars par an.
  • Au total, les cultures transgéniques pourraient avoir coûté à l'économie américaine au moins 12 milliards de dollars nets entre 1999 et 2001.

Problèmes juridiques
Les contaminations génétiques ont entraîné une prolifération de poursuites judiciaires et ont fait émerger des problèmes juridiques complexes (chapitre 11) :

  • L'une des conséquences les plus déplaisantes de l'introduction des cultures transgéniques est que certains agriculteurs se sont vu accusés de violation de la propriété d'entreprises du secteur des biotechnologies. Un agriculteur conventionnel dont les cultures avaient été contaminées par des OGM a été poursuivi par Monsanto qui lui réclamait 400 000 dollars de dommages et intérêts.
  • Alors que les entreprises de biotechnologies continuent à porter plainte contre des agriculteurs, ceux-ci se tournent à leur tour vers les tribunaux pour réclamer des dommages et intérêts aux entreprises pour leurs pertes de revenus et de marchés suite aux contaminations. Au Canada, une action juridique a été lancée par l'ensemble du secteur de l'agriculture biologique du Saskatchewan après la disparition du marché du colza biologique.

Réactions des agriculteurs
Leurs graves répercussions sur le marché ont poussé de nombreux agriculteurs nord-américains à remettre sérieusement en cause l'idée d'un développement plus poussé des cultures transgéniques (chapitres 10 et 11) :

  • De nombreuses organisations américaines d'agriculteurs ont demandé aux agriculteurs de cultiver des variétés conventionnelles cette année.
  • Les syndicats nationaux d'agriculteurs canadiens et américains, l'Association américaine des producteurs de maïs, le Conseil canadien du blé, les associations d'agriculteurs biologiques et plus de 200 autres associations font pression pour obtenir une interdiction ou un moratoire sur l'introduction du blé transgénique, la prochaine grande culture en projet.
  • Avec le soutien de plusieurs organisations d'agriculteurs, une législation fédérale a été proposée au Congrès américain en mai 2002, prévoyant l'étiquetage des OGM aux Etats-Unis ainsi qu'un régime de responsabilité.

17 octobre 2002